Je suis en train de relire les nouvelles du Gentleman cambrioleur pour préparer la prochaine lecture de mes 4e.
Alerte spoiler : ce billet va vous dévoiler la fin de la nouvelle « Le Collier de la Reine ». N’allez pas plus loin si vous voulez la lire. Cependant, revenez vite, car j’ai vu dans cette histoire un parallèle possible avec la situation actuelle de nos jeunes 🙂
Cette nouvelle rapporte un épisode de l’enfance d’Arsène Lupin : comment en est-il arrivé à commettre son premier vol ?
L’enfance d’Arsène Lupin
L’histoire commence chez le comte et la comtesse de Dreux-Soubise, heureux propriétaires du « collier de la reine ». En réalité, il s’agit de la réplique du fameux collier prétendument commandé par Marie-Antoinette et volé par les époux Jeanne et Nicolas de la Motte au XVIIIe siècle. Seule la monture est d’origine. Le lendemain d’une soirée mondaine, les Dreux-Soubise se rendent compte que le collier a disparu. On appelle la police : une seule fenêtre donne sur la pièce où était enfermé le collier, et cette fenêtre se trouve juste en face du logement occupé par une pauvre femme, dénommée Henriette, et son petit garçon, tous deux recueillis par la comtesse. La fenêtre étant condamnée et les policiers ne parvenant pas à identifier un suspect crédible, l’enquête finit par être abandonnée.
Des années plus tard, les Dreux-Soubise reçoivent à nouveau des amis chez eux. Alors que chacun se met à émettre des hypothèses sur ce vol non élucidé, l’un des invités parvient à élaborer un scénario parfaitement cohérent qui éclaire tous les éléments de l’enquête. Le coupable ne serait autre que… le petit garçon.
Alors que ce mystérieux invité parle, on devine peu à peu que sous cette fausse identité se cache en réalité le même petit garçon d’autrefois, qui éprouve une certaine jubilation à revenir ainsi sur le lieu de son premier crime. « J’essaie de me figurer la joie que le fils d’Henriette, s’il existe encore, aurait à vous dire qu’il fut le seul coupable, et qu’il le fut parce que sa mère était malheureuse, sur le point de perdre la place de… domestique dont elle vivait, et parce que l’enfant souffrait de voir sa mère malheureuse« .
Ainsi donc, voici le premier mobile des vols de celui qu’on appellera plus tard Arsène Lupin : c’était la détresse financière de sa mère qui le poussa à voler.
Mais la nouvelle ne s’arrête pas là. Par la suite, la comtesse de Dreux-Soubise pose une question très intéressante : « Mais, ne croyez-vous pas que le fils de cette… femme, de cette Henriette, obéissait surtout à sa vocation ? »
C’est là qu’on voit toute la différence entre un Victor Hugo et un Maurice Leblanc. Le premier construit des personnages positifs que la société a détournés (Jean Valjean, Claude Gueux, etc.) ; le deuxième accorde à son personnage cette corde sensible, ce drame intime, mais sans le limiter à cela, car la réponse est sans appel : « J’en suis persuadé, et il fallait même que cette vocation fût sérieuse pour que l’enfant ne se rebutât point ». Maurice Leblanc a peut-être fait d’Arsène Lupin un enfant né dans la misère, il ne lui enlève rien de son génie ni de son humour. Ce n’est pas une victime de la société, au contraire. Cet enfant pauvre, non scolarisé, s’avère même être un meilleur noble que les Dreux-Soubise eux-mêmes puisque lui seul a été capable de repérer les vraies pierres des fausses. « Il a dû comprendre, madame, que, faux ou vrai, le collier était avant tout un objet de parade, une enseigne ».
Enfin, la fin de la nouvelle va encore plus loin. Indignée par les remarques de son mystérieux invité, la comtesse de Dreux-Soubise rappelle que ce collier constituait une partie de l’héritage de sa famille. Quatre jours plus tard, elle trouve sur la table de sa chambre le collier de la reine, intact. Une note parait alors dans le journal proclamant la bonté d’Arsène Lupin « qui s’est empressé de le rendre à ses légitimes propriétaires ».
Cette fin est proprement géniale. Arsène Lupin, enfant pauvre, voleur de génie, n’en reste pas moins un gentleman : il conserve un certain sens de l’honneur et il partage les valeurs des aristocrates qu’il dépouille. Il sait utiliser ses dons pour faire le bien.
Nous sommes de petits Arsène Lupin
L’histoire d’Arsène Lupin résonne étrangement avec celle des jeunes d’aujourd’hui.
Ils grandissent parfois dans des environnements familiaux catastrophiques et ils sont privés de l’éducation qui leur permettrait de développer leurs talents.
Si Arsène Lupin avait été à l’école… quelle carrière il aurait pu mener ! Astucieux, habile de ses mains, bon comédien, fin connaisseur des œuvres d’art, drôle… il a tout pour briller.
Et le pire, c’est que cette éducation est confisquée aujourd’hui par une poignée d’intellectuels véreux, la version moderne des Dreux-Soubise, qui, comme eux, pensent faire œuvre de charité en mettant ces familles sous tutelle financière sans leur donner les moyens de se développer par elles-mêmes.
Le parallèle est quand même séduisant, non ? 🙂
En tout cas, là où Arsène Lupin est un modèle pour nous, c’est qu’il ne se laisse pas abattre. Même s’il n’est pas né sous la meilleure étoile, il n’en garde pas moins sa joie de vivre. Il faut continuer à développer ses talents et les mettre au service des causes qui nous sont chères, quoi qu’il en coûte. Et là, peut-être arriverons-nous, nous aussi, à dérober des trésors…
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