Leçon 12 : Popaul est obéissant

Comme la maman de Popaul voulait faire une commande à un grand magasin, sur une lettre, avec des numéros, des additions, des explications, elle avait commencé par enlever à Popaul son tambour.

Pour avoir la paix pendant qu’elle écrivait. Mais Popaul n’est pas un garçon embarrassé, et le voilà qui imite le tambour avec sa bouche : « Ra fla fla, Ra fla fla et ra fla fla et ra fla fla »

– Ah ! Popaul, dit sa maman, ne fais pas de bruit avec ta bouche.

Alors Popaul, qui est obéissant, imite le tambour avec ses pieds : « Pan ! pan pan pan ! pan pan pan !… »

– Ah ! Popaul, ne fais pas de bruit avec tes pieds !

Alors, Popaul se lève et va imiter le tambour avec ses doigts, sur la vitre : « Rrra ! Rrra ! Rrra rra rra ! »

– Ah ! Popaul, ne fais pas de bruit avec tes mains !

Popaul s’arrête, tout étonné.

– Avec quoi donc, maman, que je dois faire du bruit ?

– Avec rien ! répond maman.

Popaul réfléchit un moment et dit : « C’est que moi, je ne sais pas faire du bruit avec rien ! »

*

Popaul nous fait toujours rire. Il est naïf. Il comprend les mots, mais il ne comprend pas le pourquoi de ce qu’on lui dit.

Il croit que sa maman aime le bruit (comme lui), mais pas celui du tambour, ni celui de la langue, ni celui des pieds sur le sol, ni celui des doigts sur la vitre et il cherche avec quoi il pourrait bien faire du bruit pour sa maman.

Mais vous, vous aviez compris, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que la maman voulait ?… Un peu de silence !

*

Je vous ai dit hier – vous vous rappelez ? : « Pensez à ne pas déranger les autres ». Eh bien ! le bruit est peut-être justement ce qui dérange le plus. Dans le bruit, on ne peut ni réfléchir, ni travailler, ni se reposer. Et, justement, tous les enfants font du bruit !… Vous comme les autres. Ce n’est pas de votre faute : vous avez le besoin de courir, danser, sauter pour fortifier vos jambes, de chanter, et même de crier pour développer vos poumons, de taper sur un tambour ou sur autre chose pour éprouver la force de vos bras et la souplesse de vos poignets… Tous ces exercices ne peuvent se faire sans bruit… Malheureusement !

Comment donc mettre d’accord la santé et la politesse ? Comment donc jouer autant qu’il le faut sans casser la tête à personne ?

Eh bien ! Vous empêche-t-on de faire du bruit dans la cour ou dans la campagne ? Pas du tout. En plein air, dans un grand espace, le bruit n’a pas beaucoup d’inconvénients, ni pour vous ni pour les autres. C’est pour cela qu’on vous emmène promener, qu’on vous donne des récréations, des vacances, et qu’alors on vous laisse vous ébattre presque autant que vous le voulez.

Profitez bien de ces moments de liberté.

Dans un espace étroit comme la classe ou la maison, le bruit est insupportable ; il fatigue tout le monde et vous-mêmes. Aussi, on vous arrête bien vite. Cela ne vous plaît guère, vous n’étiez pas encore ennuyés, vous, de votre bruit, mais puisque les autres le sont, il faut penser à eux et cesser le bruit gentiment, sans grogner.

Quand vous serez un petit peu plus grands, demain, ce soir peut-être, vous n’attendrez pas qu’on vous arrête ; de vous-mêmes, sans qu’on vous dise rien, vous quitterez le jeu bruyant pour un jeu silencieux.

Ce sera un beau progrès dans la politesse.

*

Il n’y a pas que le bruit qui dérange. Quand un de vous arrive en retard, la classe est commencée, les camarades et moi travaillons déjà, tranquillement, mais la porte s’ouvre, se referme, des têtes se tournent, je m’interromps pour recevoir le retardataire, le gronder, le regarder s’asseoir, le mettre au courant de l’exercice commencé ; enfin on repart après deux ou trois minutes perdues. On continue. Ou bien on recommence parce que parce que les idées sont dispersées, les étourdis ne savent plus où ils en sont.

Ce désordre-là ne devrait jamais se produire, celui qui arrête ainsi le cours de la leçon n’est pas poli, vous le comprenez bien : il accroche comme un bâton épineux !…

Pendant la classe, vous demandez quelquefois à sortir, vous savez pourquoi. C’est encore un grand dérangement pour tout le monde. Ce n’est pas de votre faute ? Allons donc ! Aucune séance de classe ne dure plus d’une heure et demi… vous n’êtes pas des bébés et vous pouvez rester une heure et demi sans aller aux cabinets, je pense !

Seulement voilà : il faudrait y penser avant d’entrer et prendre ses précautions.

Dans la cour, vous vous amusez librement, c’est entendu, mais il faut tout de même penser aux autres : des camarades jouent aux billes, si vous passez entre la bille qu’on lance et la bille qu’on vise, vous dérangez le jeu.

Dans la rue, si vous traversez le trottoir ou la chaussée devant quelqu’un qui marche, vous le forcez à s’arrêter ou à ralentir, vous le dérangez.

A la maison, vous arrivez tout joyeux pour embrasser votre maman ; c’est très gentil mais, avant de vous jeter dans ses jupes, regardez si elle n’est pas en train de porter quelque chose, ou de parler à quelqu’un, ou de s’appliquer à un travail. Si vous la dérangez, vous n’êtes plus gentil !…

*

Tout cela n’est pas nouveau pour vous.

On vous a dit bien souvent : « Fais donc attention ! », « Ne touche à rien ! », « Ote-toi de mon chemin ! »… Ces observations vous font-elles plaisir ? Certainement non, mais elles n’ont pas pour but de vous faire plaisir : elles ont pour but de vous faire réfléchir.

Réfléchissez donc. Cherchez d’abord le mot magique qui vous fera pardonner. Lequel ? Et puis comprenez en quoi vous avez dérangé afin de ne pas recommencer.

Un jour doit venir où l’on n’aura plus d’observations à vous faire, où vous penserez de vous-mêmes :

  • à ne pas vous placer entre une fenêtre et une personne qui lit ou coud (pourquoi ?)
  • à ne pas prendre la parole alors que quelqu’un parle (pourquoi ?)
  • à remettre soigneusement à sa place un objet dont vous vous êtes servis (pourquoi ?)
  • à fermer la porte en sortant (pourquoi ?)

Vous répondez très bien.

Vous voyez que si la politesse est difficile, vous êtes, vous, capables de la comprendre.

Il ne vous reste plus qu’à avoir le courage de la pratiquer.

Je veux dire :

Quand vous avez compris qu’il faut faire une chose, faites-là, même si cela vous ennuie.

Quand vous avez compris qu’il ne faut pas faire une chose, ne la faites pas, même si vous en avez bien envie.

D’après RAVAUDET Marie, L’Âge de raison, cours de morale à l’usage des petits, 1951

Image de couverture : L’Ecureuil, illustration tirée des Malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur, 1859, Paris, BnF Littérature et Art, Y2 68117


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