Leçon 18 : la grappe de raisin

Elle était très belle cette grappe de raisin : longue, lourde !… et dorée… comme si le soleil était dedans !

Maman la donna à Josette pour lui faire plaisir. Josette fut bien contente : « Je la mangerai pour mon goûter » se dit-elle.

A l’heure du goûter, le grand frère Henri rentrait justement de l’école, son sac plein de gros livres sur le dos. Josette courut à lui : « Regarde, Henri, cette belle grappe. Elle est à moi, je te la donne. »

Henri fut bien content. Il embrassa Josette et sortit pour goûter au grand air. A ce moment, il pensa à son père qui travaillait dans un champ voisin : « Il fait bien chaud ; papa n’est pas encore près de rentrer. Cette belle grappe le rafraichirait agréablement. » Et il la lui porta.

Papa fut bien content. Il était prêt à savourer la grappe de raisin quand il se dit que ce beau fruit ferait plaisir à sa femme qui, sans doute, était en train, à ce moment-même, de préparer son dîner. Il mit soigneusement le raisin à l’ombre de la haie et, le soir, le rapporta à la maison.

Ainsi, la grappe de raisin, après avoir fait le tour de la famille, se retrouva dans les mains qui l’avaient donné.

*

Pourquoi chacune des quatre personnes, au moment de manger la belle grappe, a-t-elle préféré l’offrir ?

Et qui, à la fin, l’a mangée à votre avis ?

Moi, je crois qu’on l’a partagée au dessert et qu’ainsi chacun a pu savourer sa part sans regret puisque les autres avaient le même plaisir.

*

Voilà une famille où l’on s’aimait bien !

Et vous ? Aimez-vous bien votre papa ?… votre maman ?… votre soeur ?… votre frère ?… Seriez-vous capables, ayant en main un fruit appétissant et bien à vous, de le garder pour l’un d’eux et de vous en priver ?

Oui, vous en seriez capables, si vous y pensiez. Cela vous est peut-être arrivé déjà, de faire un cadeau pareil. Mais plus souvent peut-être, il est arrivé que, devant la friandise, vous ne pensiez qu’à la friandise… Ce n’est pas facile de penser en même temps à son plaisir et au plaisir des autres… Il faut pour cela une bonne tête !…

Il y a un lien très étroit entre l’intelligence et la bonté. Beaucoup passent pour avoir un mauvais coeur qui, tout simplement, n’ont pas d’imagination et ne savent rien voir dans leur esprit.

Aussi, ce que je vais vous recommander, ce n’est pas d’aimer vos proches parents (vous les aimez déjà, je le vois à bien des signes), c’est de savoir que vous les aimez.

*

Votre maman par exemple ! Vous ne pouvez pas vous passer d’elle ; dès qu’elle s’absente, vous l’appelez ou la cherchez. Dès qu’il vous arrive un malheur, vous l’appelez à votre secours : « Maman, j’ai faim… Maman, j’ai froid… Maman, j’ai mal à la tête… » Et Maman répond. Et Maman donne à manger. Maman fait de la tisane. Maman recoud le bouton. Maman fait réciter la leçon. (Maman donne une tape si c’est une tape qu’il faut… Elle n’attend même pas qu’on la lui demande !…)

Et je ne parle que des besoins de tous les jours ; je ne parle pas des maladies et des accidents.

Sans la maman, c’est bien simple, vous ne vivriez pas… pas plus qu’un chaton sans sa mère chatte ou un poussin sans sa mère poule.

Les petits animaux, tout comme vous, sont toujours à réclamer l’aide de leur maman. Seulement, quand ils n’auront plus besoin qu’on les nourrisse et qu’on les protège, ils oublieront leur nourrice et ne la reconnaîtront même plus parmi les autres animaux de la maison. Ils aiment leur mère maintenant, par besoin, avec leur corps, et sans le savoir.

Vous qui n’êtes pas des animaux, vous devez aimer la vôtre avec votre esprit et votre coeur, vous devez savoir et sentir vous l’aimez.

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Et vous devez savoir aussi autre chose, c’est que, si vous avez besoin de votre maman, votre maman aussi a besoin de vous.

Pendant longtemps, les enfants n’ont pas su cela. On ne le leur disait pas. Ils croyaient que la maman pouvait tout pour eux et qu’eux ne pouvaient rien pour elle.

Depuis quelques années, on a eu l’idée de célébrer la Fête des Mères et, ce jour-là, les enfants sont invités à offrir aux mamans des compliments, des chants, des spectacles, des cadeaux. Longtemps avant le grand jour, ils font leurs économies, leurs préparatifs… vous avez déjà fêté vos mères, vous les fêterez encore cette année. Vous serez bien obligés, ce jour-là, de savoir que vous les aimez et que vous pouvez leur faire plaisir.

Mais… vous devinez ce que je vais dire… Ce n’est pas un jour par an que la maman doit être à l’honneur, c’est tous les jours ! Et ce n’est pas seulement les compliments et les cadeaux qui lui font plaisir. Il y a mille petites marques d’affection qui la rendent heureuse, mille petits services qui diminuent sa fatigue. Et savez-vous le plus grand plaisir que vous pouvez lui faire ? Eh ! bien, c’est d’obéir !

D’obéir tout de suite, sans grimace et sans discussion. D’abord, discuter avec la maman, ce n’est pas respectueux : vos idées doivent passer après les siennes. Et puis, l’obliger à répéter un ordre ou une défense, c’est la fatiguer. Quand elle vous dit : « Va te coucher, il est l’heure » ou bien « Va vite me faire cette commission », il faut dire « Oui maman » avec un gentil petit sourire, même si vous croyez n’avoir pas encore sommeil, même si cela vous contrarie de quitter le jeu.

Nous reparlerons de cela car l’obéissance, voyez-vous… Mais nous en reparlerons !

*

Tout ce que j’ai dit de la maman parce que c’est la maman qui s’occupe le plus de vous, j’aurais pu le dire aussi du papa.

De lui aussi, vous avez besoin pour vivre et lui aussi a besoin de vous pour être heureux. A lui aussi, il faut obéir de bon coeur et sans discussion. Lui aussi, il faut savoir qu’on l’aime.

Et je vais vous dire quelque chose qui leur fait bien plaisir à tous les deux : les compliments que je leur fais de vous, quand vous en méritez !

*

Il y a encore les frères et les soeurs, peut-être des grands-parents, un oncle ou une tante qui vivent avec vous, dans la même maison. Tout ce monde-là constitue la famille et c’est la vie de toute la famille qui est insupportable si personne ne se gêne, supportable si chacun est poli, heureuse si chacun sait bien qu’il aime les autres.

Dans la famille où la grappe de raisin circula si gentiment, on était heureux, sans aucun doute. Bien certainement, on se disait bonjour le matin et bonne nuit le soir en s’embrassant tendrement. Comme dans toutes les maisons, on travaillait les uns pour les autres, mais personne ne se plaignait de sa peine, chacun faisait gaiment sa part – et un peu plus s’il le pouvait – pour soulager les autres.

Je vois très bien le garçon se lever de table pour aller chercher le pot à eau ou la bouteille de vin ; la fillette ôter le couvert après le repas pour que sa maman reste assise cinq minutes de plus, les deux enfants aller le soir au-devant de leur père pour que le chemin du retour lui paraisse moins long. Je vois le frère et la soeur s’entraider en toute occasion, avoir l’un pour l’autre toutes les gentillesses qui s’échangent entre les meilleurs camarades.

Bien certainement, dans cette maison, la joie était dans l’air ; on y respirait la bonne humeur et le plaisir de vivre.

Essayez vous-mêmes, par l’imagination, de vous représenter cette famille charmante, et faites-en un modèle pour vous. N’attendez pas que quelqu’un vous donne l’exemple. Soyez tout de suite un enfant aimable. Je veux dire : un enfant aimant.

*

Vous savez déjà être polis et respectueux. Apprenez à être prévenants.

Quand votre grand-mère a laissé tomber son journal ou ses lunettes et que vous ramassez l’objet avant qu’elle ait eu le temps de se baisser ; quand votre grand-père veut allumer sa pipe et que vous lui présentez le briquet avant qu’il le demande ; quand l’un ou l’autre dit : « Je vais m’installer au soleil » et que vous y portez un siège avant qu’il ait eu le temps de le faire, vous êtes prévenants et vous causez une grande joie à vos grands-parents surtout si vous accompagnez votre geste d’un beau sourire ou d’un baiser affectueux.

*

Et puis, n’oubliez pas de souhaiter les fêtes, les anniversaires, la bonne année au jour de l’an, non seulement aux parents de la maison mais aux parents qui habitent au loin.

Vous savez – ou vous saurez bientôt – écrire. Une bonne petite lettre pour donner des nouvelles de toute la maisonnée, si vous saviez comme cela fait plaisir.

*

Demain, vous me raconterez les petits services que vous avez rendus à quelqu’un de votre famille.

Les parents donnent tous les jours la vie à leurs enfants mais les enfants peuvent, tous les jours, donner le bonheur à leurs parents.

Un enfant affectueux peut, à lui seul, mettre une atmosphère de joie dans toute une maison.

D’après RAVAUDET Marie, L’Âge de raison, cours de morale à l’usage des petits, 1951

Source image : Gerard van Spaendonck, Nature morte de raisins reposant sur un rebord en marbre, non daté, Private Collection / Bridgeman Images


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