Hello tout le monde ! Mon chéri et moi avons reçu pour Noël deux places pour le Futuroscope. Le voyage était prévu pour la mi-juillet et je me suis dit : « pourquoi ne pas compléter par une visite de Poitiers ? » C’est là que Charles Martel a battu les Arabes en 732 et où Jeanne a été interrogée sur sa mission en 1429. Il fallait absolument que j’en profite pour explorer cette ville de plus près.
Jour 1 : la ville aux cent clochers
L’atout principal de la ville, c’est son patrimoine religieux. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle la ville aux cent clochers !
Arrivés dans le centre de Poitiers, nous tombons sur la magnifique église Notre-Dame-la-Grande à la façade incroyablement riche et sculptée. Malheureusement, on ne peut pas en savoir beaucoup plus car l’édifice est fermé pour cause de restauration…
Les trésors de la cathédrale Saint-Pierre
Nous continuons notre chemin en descendant la Grand’Rue où nous remarquons quelques détails intéressants : une fabrique de parapluies (apparemment, l’une des spécialités de la région) datant de… 1882 ! ainsi qu’une ciergerie fondée en 1735. Incroyable que ces bâtiments aient survécu aussi longtemps.

Nous tournons sur notre droite pour nous rapprocher de la cathédrale Saint-Pierre, massive et impressionnante, avec ses trois portails sculptés et sa gigantesque rosace qui me rappelle Notre-Dame de Paris. Nous entrons. Un cartel nous apprend que le christianisme s’est implanté dans le Poitou au IVe siècle et que le premier évêque connu de Poitiers s’appelait Saint-Hilaire. La construction de la cathédrale s’étend du XIIe à la fin du XIIIe siècle. La façade se rattache effectivement aux grandes cathédrales gothiques du Nord puisque l’art roman en Poitou ignore les tympans.


L’un des aspects les plus exceptionnels de cette cathédrale, c’est qu’on y découvre encore des peintures murales datant du Moyen-Âge. On a peine à le croire aujourd’hui, mais les murs des cathédrales n’étaient pas censés être aussi blancs : ils étaient souvent peints et resplendissaient de couleurs chatoyantes. Le problème, c’est que la peinture, ça ne tient pas dans le temps, et il reste peu de témoignages de ces décorations. Dans la cathédrale Saint-Pierre cependant, on peut encore admirer quelques peintures datant du XIIIe siècle qui ont été mises au jour accidentellement à la suite de sondages préalables à des opérations de maçonnerie prévues en 2012.

L’autre grande spécificité de cet édifice, c’est le vitrail de la Crucifixion, l’un des plus vieux vitraux encore à son emplacement d’origine, c’est-à-dire tout au fond de la cathédrale, en droite ligne de la porte d’entrée. A chaque fois qu’on regarde une œuvre d’art religieuse, on est vite assommé par la somme du vocabulaire technique et on en oublie que ces œuvres racontent pourtant une histoire.
Commençons par le bas : c’est l’histoire même du vitrail, Aliénor d’Aquitaine et son époux Henri II Plantagenêt tiennent symboliquement la maquette du vitrail qu’ils ont commandé… un moyen comme un autre de rappeler à tous qui détient le pognon, donc le pouvoir, et ce, pour l’éternité (cela rappelle le projet d’un certain président pour la rénovation d’une certaine cathédrale parisienne ravagée par un incendie il n’y a pas si longtemps…).
Un peu au-dessus, une scène très bizarre : on voit un triangle renversé avec un mec la tête en bas… Il s’agit du martyre de saint Pierre qui a été crucifié la tête en bas. Il est d’ailleurs accompagné de la représentation du supplice de saint Paul décapité.
Ensuite, c’est bien sûr le thème central du vitrail : la Crucifixion du Christ. A sa gauche se tiennent la Vierge et Longin (le centurion romain qui plongea sa lance dans le flanc du Crucifié). A droite, on trouve saint Jean (avec une tête bizarre, probablement parce qu’il est mort décapité) et Stéphaton (le légionnaire qui, selon la tradition, présenta à Jésus une éponge imbibée de vinaigre). L’intérêt ici, c’est le côté très expressif de la scène : le Christ est gigantesque par rapport aux autres personnages, et il regarde tristement sa mère qui ne parvient pas à lui rendre son regard… Au-dessus de l’axe horizontal de la croix, comme s’ils étaient soutenus par les bras du Christ, on retrouve une floppée de petits personnages : ce sont les dix apôtres et la Vierge (encore une fois, ça ne fait pas de mal). Ils ont le visage tourné vers le haut où se trouve représentée l’Ascension du Christ : celui-ci y est représenté dans une mandorle (un cadre en forme d’amande). Il bénit d’une main tandis que l’autre tient un livre. Les deux anges qui l’encadrent sont très étirés et stylisés… ils bouchent les trous XD.

On termine la visite avec les grandes stalles en bois, ces longues rangées de sièges ponctuées de motifs sculptés sympathiques.
La légende de Radegonde
On continue notre balade jusqu’à l’église Sainte-Radegonde de Poitiers. Drôle de nom… moi et mon copain imaginons tout de suite des diminutifs ridicules pour cette pauvre dame Radi, Radégouts… XD Oui, je sais, c’est pitoyable.
Eh bien pourtant, malgré son nom peu engageant, cette noble dame a un palmarès de titan.
C’était une princesse thuringienne née au VIe siècle et récupérée en « butin » par le roi Clotaire lorsqu’il envahit la région. Il s’assure qu’elle reçoive une bonne éducation à Athies, près de Soissons, avant d’en faire son épouse. Horrifiée, la jeune fille tente de s’enfuir, mais des gardes la ramènent contre son gré auprès du roi et ils finissent par se marier. Lorsque Clotaire fait assassiner le jeune frère de Radegonde, celle-ci décide de s’enfuir une deuxième fois. Le roi envoie de nouveau des gardes à ses trousses, mais elle est protégée par un miracle : alors qu’elle traverse un champ d’avoine tout juste semé, les plantes poussent tout d’un coup pour la cacher des soldats. C’est de là que vient la fête de Sainte-Radegonde aux avoines.
Elle arrive alors à Noyon et supplie l’évêque saint Médard de la consacrer à Dieu. Au début, il hésite, par peur des représailles du roi, mais la jeune Radegonde est beaucoup moins timorée : « Si tu hésites à me consacrer, si tu crains un homme plus que Dieu, le Pasteur te demandera compte de ta brebis ». Et pan. Il n’en fallait pas plus à l’évêque pour revenir de son côté.
Radegonde se retire alors dans le domaine de Saix, aux confins du Poitou et de l’Anjou (actuellement dans le nord de la Vienne). Elle décide d’établir son monastère à Poitiers dont le roi accepte de financer la construction (pas si rancunier le Clotaire finalement…). Radegonde parvient même à convaincre l’empereur Justin de lui envoyer un morceau de la Sainte Croix pour consacrer le monastère qui prend le nom de « Sainte Croix ». Pourtant, malgré ces débuts prometteurs, le monastère est menacé par une sorte de créature démoniaque qui hantait les souterrains de la ville. Elle venait alors dans les caves de l’abbaye pour y dévorer les jeunes moniales. Pas de problème pour Radegonde qui retrousse ses manches, s’arme d’un crucifix et asperge la bête avec de l’eau bénite. Cette dernière s’enfuit en se tortillant de douleur1…

Au terme d’une vie vertueuse, Radegonde meurt le 13 août 587 et est inhumée dans la chapelle Sainte-Marie-Hors-les-Murs bâtie pour recevoir son corps. C’est dans cette chapelle reconstruite, devenue l’église Sainte-Radegonde, que nous nous trouvons. C’est peut-être la plus belle église de la ville : elle s’ouvre par une tour avec un portail finement sculpté (on dirait de la dentelle de pierre) et le chœur est entouré de colonnes qui ont gardé leurs couleurs chatoyantes. En dessous se trouve la crypte et le tombeau de sainte Radegonde ainsi que celui de deux religieuses dont elle était proche, Agnès et Disciole.





Le musée Sainte-Croix
Nous nous arrêtons devant le monastère Saint-Jean mais on nous dit que c’est la pause et qu’il faut revenir plus tard. Nous poursuivons donc notre visite avec le musée Sainte-Croix, juste à côté.
Il s’agit d’un musée d’art et d’archéologie qui présente les différentes étapes de l’histoire de la ville. Les premières salles sont consacrées à la période préhistorique, qui ressemble un peu à ce qu’on peut voir ailleurs… La période antique contient quelques détails intéressants, notamment sur l’histoire des Pictons, ce peuple dont le territoire recouvrait les actuels départements de la Vienne, des Deux-Sèvres et le sud de la Vendée. Leur capitale s’appelait Limonum (du gaulois lemo ou limo signifiant « orme ») et était implantée sur un vaste promontoire calcaire qui constitue aujourd’hui le centre-ville de Poitiers. Pendant la guerre des Gaules, les Pictons étaient les alliés des Romains et l’oppidum de Limonum est assiégé par les Andes (Anjou) favorables à Vercingétorix. Après la conquête, César accordera en signe de gratitude aux Pictons un territoire élargi jusqu’au cours inferieur de la Loire.

Les salles suivantes cheminent à travers la période antique jusqu’au début de la période médiévale où on peut voir des sarcophages mérovingiens. Ca n’a l’air de rien, mais ces sarcophages sont réalisés à partir du calcaire issu des carrières de la région (vallée de la Vienne et de l’Anglin notamment), ce qui en fait une des productions emblématiques du Poitou.
Nous poursuivons et une pièce attire mon attention : c’est le chapiteau dit « de la dispute » où deux gars se tirent littéralement la barbichette ! Il proviendrait d’un monument dit des « Trois Piliers » situé dans le quartier Saint-Hilaire. Cette scène illustre un extrait du Commentaire de l’Apocalypse de Saint-Jean : « il est permis de s’empoigner par la barbe, front contre front » (Frontibus attritis barbas consciendere fas est). Pourquoi cette référence ? Peut-être parce qu’au XIe siècle, le mouvement de la Paix de Dieu (conciles de Charroux en 989 et de Poitiers en 1000 et 1014) est organisé par les évêques avec le soutien des comtes-ducs d’Aquitaine pour canaliser la violence et protéger les plus faibles. Autrement dit : au lieu de sortir votre épée, tenez-vous par la barbe !

La suite du musée est une galerie d’œuvres d’art. Certains tableaux montrent des vues plus anciennes de Poitiers, dont cette représentation du Vieux Poitiers datée de 1883 et réalisée par un certain Victor Béni-Gruié ou celle de La Place du Marché Notre-Dame à Poitiers (1906) par Arthur Gué où l’un des personnages tient littéralement du Dumbledore avec son regard malicieux…


Le baptistère Saint-Jean
On termine les visites par le baptistère Saint-Jean dont l’entrée est payante (3 euros par personne). C’est un tout petit bâtiment, mais exceptionnel car c’est le plus ancien monument chrétien d’Europe. On y trouve bien sûr la cuve pour les baptêmes, de forme octogonale, mais surtout d’autres très belles peintures murales qui rendent ce lieu accueillant et chaleureux.
La visite est complétée par une collection de sarcophages mérovingiens… ce qui n’a aucun rapport avec le reste de l’histoire du bâtiment.



Le parc de Blossac
Nous finissons cette journée par un peu de verdure avec le parc de Blossac, une promenade établie par le comte de Blossac en 1770. C’est un peu décevant : le parc est constitué de deux grandes allées qui se croisent en angle droit, quasiment pas de massifs de fleurs, de vastes étendues d’herbe brûlée par la chaleur, mais une belle vue sur le Clain. De quoi se détendre une heure avec une glace avant d’aller au restaurant le Cul de Paille.


Jour 2 : le Futuroscope
C’était la première fois que je visitais ce parc haut-en-couleurs. Je ne vais pas détailler les activités ici, puisque ce n’est pas vraiment le sujet de ce blog, mais si je devais citer une attraction en particulier, ce serait sans aucun doute le Chasseur de tornades, une expérience qui décoiffe !
J’ai aussi une pensée affectueuse pour la Vienne dynamique, la plus ancienne attraction toujours en activité et je trouve qu’elle ne vieillit pas du tout. C’est une belle idée d’avoir profité du parc pour mettre en valeur le patrimoine de la région. Je suis très fière.
Et enfin, une attraction qui n’est pas forcément la plus réussie en soit, mais qui a le mérite de présenter un aspect de la culture française que je ne connaissais pas, c’est celle de la Malédiction de l’opale noire consacrée à une héroïne de comics 100% française, Etincelle, en combat perpétuel contre le terrifiant Ténèbre. J’ai acheté un recueil de comics sur le héros Fantax, lui aussi 100% français, pour le montrer à mes 5e à la fin de la séquence sur le héros.

Jour 3 : un dimanche un peu triste à Poitiers
Le dernier jour est un petit flop, et il y a un peu de notre faute.
Déjà, on a commencé par les monuments religieux alors que d’autres monuments à voir (notamment l’hôtel de ville avec le vitrail consacré à Aliénor d’Aquitaine) sont fermés le dimanche, ce qui n’est pas le cas des églises. Idem pour goûter les spécialités de Poitiers, comme le Broyer du Poitou, les macarons de Montmorillon ou le tourteau fromager, puisque les principales boutiques ne rouvraient que le lendemain. Erreur d’organisation de notre part.



Nous avons quand même fait un tour par le palais des comtes de Poitou et ducs d’Aquitaine, mais on ne peut en visiter que la grande salle dite « salle des pas perdus » (très impressionnante ceci dit, avec ses trois grandes cheminées centrales dont les conduits sont habilement fondus dans la grande verrière du dessus… du génie ! une œuvre du célèbre architecte du Moyen-Âge Guy de Dammartin). On ressort pour admirer la tour Maubergeon, une énigme puisqu’elle est dite « inachevée » mais il n’y a pas de traces qu’on ait cherché à en faire autre chose pour autant…



Nous passons ensuite devant l’église Saint-Porchaire, assez remarquable par ses « tours-porches » (la porte est flanquée dans une tour et non un portail comme d’habitude). Très jolie de l’extérieur, elle abrite les restes de Saint-Porchaire, un ancien abbé de Poitiers.
On s’arrête pour prendre une crêpe chez Mamie Bigoude, un petit bistrot très sympa avec un menu en forme de magazine Papi Match ! Et on repart pour une dernière descente de la Grand’Rue en direction du panorama des Dunes, en haut duquel on peut avoir une vue d’ensemble sur Poitiers et ses cent clochers. C’est à cet endroit que l’amiral de Coligny, protestant, braqua ses canons sur Poitiers, restée catholique, en 1569. Il n’en viendra pas à bout : la ville était protégée par ses imposantes murailles du XIIe siècle, dont une partie demeure visible près du parc de Blossac.



Ce qu’on garde comme souvenir de Poitiers, ce sont ces longues rues blanches un peu tristes, pas très animées. Quelques monuments affleurent ça-et-là entre deux bâtiments plus modernes, mais il n’y a pas toujours de cartel explicatif. On a failli passer à côté de l’hôtel à l’enseigne de la Rose où Jeanne d’Arc séjourna lors de son interrogatoire par un collège de théologiens. Même s’il est difficile de passer à côté de certaines églises exceptionnelles, le reste du patrimoine n’est pas très bien mis en valeur, alors que Poitiers est une ville riche d’histoire et de légendes.






- La suite du cartel mentionne que c’est pour cette raison qu’on promène souvent des dragons en procession lors de la fête des Rogations, pour se rappeler que les prières viennent toujours à bout du mal, mais Radegonde n’est pas la seule tueuse de dragons célèbre. Sainte Marguerite, qui a vécu dans le courant du IIIe siècle et fut martyrisée par l’empereur Dioclétien, serait venue au bout d’un dragon qui l’aurait avalée et dont elle serait ressortie indemne en s’aidant de sa croix (source : https://bcd.bzh/becedia/fr/la-legende-de-sainte-marguerite-et-du-dragon). Je me souviens aussi de la légende de Sainte Marthe qui, durant le Ier siècle, aurait vaincu la Tarasque, cet animal hybride à six pattes, avec des griffes, des dents et une carapace de tortue, qui vivait sur les rives du Rhône. Marthe l’aurait aspergée d’eau bénite en récitant des prières et la bête serait devenue un adorable animal de compagnie. Cette légende est bien connue dans la région de Tarascon, dont Marthe est la sainte patronne. ↩︎
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